vendredi 30 septembre 2011
Un an et demi au Québec!
Il y a exactement un an et demi jour pour jour, j’atterrissais à Montréal avec mes 3 valises, ma blonde et plein d’espoirs. La Résidence Permanente validée depuis le mois d'octobre 2009, je revenais enfin m’installer pour de bon, ayant pris quelques mois pour finaliser mon départ et réunir les fonds nécessaires.
Pas d’appartement, pas d’amis, je n’étais venu à Montréal qu’une seule fois auparavant. Alors oui, j’avais parcouru la toile de long en large à la recherche d’informations, de témoignages, mais rien ne vaut de vivre une expatriation en terre inconnue soi même pour en mesurer le prix. Tous les noms sont nouveaux, les routes ressemblent à un labyrinthe parsemé de nids de poules, tous les paysages nous sont inconnus.
On a souvent pas beaucoup dormi la veille, on a trop attendu ce moment, la concrétisation d’un projet de souvent plusieurs années.
Maintenant qu’on est là, un mélange d’excitation et de nervosité nous prend au ventre. Encore sous le choc des aurevoirs à la famille à la gare SNCF d’Aix en Provence, à tout ce qu’on laisse derrière.
Encore sous le décalage horaire, un accent nouveau bourdonne à nos oreilles.
On s’oriente comme on peut. On renverse les standards peu à peu en se disant qu’ici, c’est bien nous les étrangers. Il faut prendre sur soi, avoir une bonne dose d'humilité, ne pas imposer ses choix mais essayer de comprendre pourquoi ça fonctionne comme ça. L'exemple qui m'a le plus frappé est le fait que laisser sa voiture parkée sans la fermer à clef peut vous valoir une contravention : Bah ouais, c'est considéré comme une incitation au vol ici...
Et pis on ne retrouve plus ses chaînes de télé favorites, ses émissions préférées, ses habitudes... finit la chaîne de télé qui passe des clips vidéos à longueur de journée et qu'on aime bien laisser en boucle quand on reçoit des invités... Faut s'adapter!
Tout est à construire. Recherche d’emploi, réseau social, appartement, meubles et accessoires de la petite cuillère au rideau de douche en passant par le papier toilette et le sucre en poudre. Au passage faut s'adapter encore : ici le MacDonald sert du café, les volets n'existent pas et les rideaux sont de mise pour cacher du soleil et les chaînes de télé Anglophones ne propose qu'un choix de sous-titre : l'Anglais...
Voiture, assurance, démarches, Ramq, NAS, demande de carte RP... Echange de permis de conduire, Hydro Québec, téléphone cellulaire. Nous voilà soudain emportés dans un tourbillon de démarches sans fins.
Les démarches se sont malgré tout faites très rapidement. Le NAS et la Ramq dans la même journée. L'échange de permis est rapide à faire grâce à l'entente France-Québec (Certains Français venant s'installer ici ne se rendent pas compte de leur change quand d'autres étrangers sont contraints de repasser leur permis...).
Les débuts sont difficiles : pas de téléphone donc on appelle depuis les cabines téléphoniques qu'on trouve dans la rue... appartement trouvé mais pas de meubles alors on dort plusieurs nuits sur un matelas gonflable de Canadian Tire à 60$... puis vient le lit, le canapé, la télévision qu'on met sur une chaise au début... L'internet au bout d'une semaine... Chouette! On va pouvoir chercher du travail!
Mais où et comment chercher? Les entreprises d'ici n'ont rien à voir avec celles qu'on connait! Ok y a Ikea, mais c'est tout! Pas d'Orange, de SFR ou de Bouygues ou de Conforama à l'horizon! Bienvenu chez Canadian Tire, Telus, Loblaws et IBM! Alors on ouvre le bottin, on téléphone, on se rend sur place, on dépose nos candidatures dans plusieurs sociétés de placement comme Ranstad, ManPower ou Addecco... on y passe des journées en tests, évaluations, entretiens... après tout, on ne travaille pas, on a donc que ça à foutre! Et pis ça maximise nos chances de trouver des mandats!
C’est par la suite que les choses se sont un peu compliquées. Après 1 mois, mon travail ne me convenait plus, le patron me faisait du harcèlement moral (Comme à tous les gars de la boite) et parfois voulait en venir aux mains... J'ai alors commencé à chercher un autre travail sans quitter celui-là... après tout faut bien manger! 4 mois de souffrance après on m'appelle pour me proposer un mandat de gestionnaire de projet pour 2 ans et demi. Ce fût ma délivrance... Je partis alors de bon cœur! Avec du recul je me demande encore comment j'avais fait pour tenir dans des conditions comme celles-ci... mais si j'avais quitté ma job nous n'aurions pas eu suffisamment de fonds pour tenir et nous aurions dû retourner en France. Inconcevable...
Entre temps ma blonde avait trouvé un emploi et s'y plaisait très bien. Elle est très appréciée de toutes et tous et d'après ses dires, elle n'avait jamais vécu une telle reconnaissance dans le travail auparavant!
L’excitation du début a laissé place à un jugement plus objectif de ce qu’on est en train de vivre. Il parait qu’une immigration se vit en 3 phases :
- L’excitation du début où on voit tout en beau.
- Le contre coup, où on relativise et on redescend sur terre pour voir les choses d'un œil plus objectif.
- Et enfin, la phase d’équilibre où on se fait aux 2 cotés ou on rentre chez nous.
Un an et demi plus tard donc, voila un bout de chemin accompli. J’ai un bon travail qui me plaît et où ma contribution est félicitée à maintes reprises. Nous avons rencontrés beaucoup d’amis et je ne m’ennuie jamais. Après avoir commencé en appartement, nous avons pris la décision d'acheter en 2012 un Condominium, car les prix ici et notre situation financière nous le permettent.
Dans la plupart des domaines, j’ai trouvé ce que je suis venu chercher au Québec.
Un confort de vie excellent, une qualité de vie agréable, un style de vie nord américain, une dynamique d’emploi, des espaces et des paysages magnifiques, un état d’esprit ouvert.
Cependant même si l'immigration est bien encadrée ici, certaines personnes ne s'adapteront pas... La langue est un faux ami : vous parlez Français mais la mentalité est nord américaine! Ne pensez pas aller souper chez un Québécois rencontré au travail comme on le fait en France, sont pas comme ça!
Sinon les routes sont dans un état déplorable. On arrête de compter les nids de poule après 1000.
Les hivers sont rigoureux, les étés chauds et les écarts de température ajoutés au sel sur la route sont très dur sur le bitume. Mais les routes Ontariennes ne sont pas dans cet état lamentable et ont pourtant les mêmes conditions... Aller savoir pourquoi...
Les routes sont fermées pour rénovation presque à chaque soir, entraînant des bouchons énormes même en plein milieu de la nuit. Circuler à Montréal est un enfer.
Le système médical est dans la théorie l’un des meilleurs, mais pas dans les faits. Les taxes hautes garantissent un système médical pour tous. Le Québec étant en pénurie de médecins, il n’est pas rare de devoir attendre 12h pour être consulté de manière rapide et odieuse. Les installations et les équipements sont bons et il est possible d’être bien soigné ici comme en France. Les mutuelles ne couvrent pas la totalité des frais des médicaments, le reste étant à notre charge. Les dents et les yeux ne sont pas pris en charge par la Ramq. Faut donc avoir une assurance privée pour couvrir au moins les dents… après tout on en a forcément une puisqu’on est venu au Canada pour y travailler…
Dans l’ensemble, je suis content d’être ici et ne regrette absolument pas mon choix. Avant de s’expatrier il faut considérer comme l’éloignement avec la famille et les amis peut être difficile, mais il est clair qu'on ne peut pas savoir avec certitude à quel point la famille et les amis peuvent manquer avant d'être confronté à la situation...
Pour le reste, la France ne me manque pas plus que ça si ce n’est le fromage de temps en temps. Ce n’est pas qu'on en trouve pas, mais il est moins courant d'en trouver, donc il est cher...
Le bon vin est aussi très cher. Taxes, taxes, taxes. Heureusement je n'étais pas très alcool à la base, et une bière comble largement le manque.
Pour mon expérience personnelle, je n’aurais jamais pu espérer obtenir un poste avec ce niveau de responsabilité et sur un projet si intéressant en France. Pour la France j’étais trop jeune et inexpérimenté. Ici je suis considéré à ma juste valeur et chaque idée, peu importe d’où elle provient, est bonne à prendre. Depuis que je suis ici, je me suis fais traité de tous les noms : talentueux, persévérant, efficace, travailleur, exceptionnel... que l’on fasse bien ou mal les choses, on est respectivement félicité ou engueulé, mais toujours avec comme objectif de trouver des solutions aux problèmes.
C’était le témoignage (Le plus objectif possible) d’un immigrant sur le sol Canadien depuis 1 an et demi.
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